Ça vous donne envie de crier, de chanter, de danser, mais aussi de lever le poing, de faire de la politique, de se rebeller et de changer les choses ! C’est le double-secret du groupe de ska-rock Tekpaf. Avec 10 ans d’existence à la clé, le groupe montcellien se lance dans la production d’un nouvel album !
Des nouvelles recrues plus jeunes, des choeurs, des nouvelles mélodies et plein d’autres idées pour rafraîchir le tout, voilà qui semble très bien parti pour le groupe. On est allé les voir en enregistrement pour interviewer Quentin, auteur, compositeur, chanteur et guitariste du groupe en présence de Loïc, tromboniste et musicien de la première heure !
Zineb, l’une des nouvelles recrues en question, répond elle aussi à nos questions.

J’ai pas connu les mines mais que les lacs
Y a plus qu’un bar qui s’illumine le reste de la nuit est à sac
La fumée je l’imagine je l’inspire et elle m’attaque
Et la fin je la devine, putain je te jure elle claque
Moi ma vallée j’y suis né j’y suis bien
J’en pars souvent et toujours j’y reviens
C’est une enclave un paradis d’ennui à fuir à regretter
Je me trouve esclave de ces maudits toits à regarder
J’entends l’acier qui est tout près à s’effondrer
C’est un enfer de bruit d’antan un big bang éloigné
Dans trente ans tu verras mec y’aura tout qui a changé
Dans trente ans tu verras…

Extrait des paroles du tire Silicose Vallée pour l’album 2020


Crédit Photo : Fabien Dubois – Léo nouveau musicien du groupe et Quentin, auteur.

Quentin, parles-moi de vous, des débuts de Tekpaf !

Au tout début Tekpaf n’existait pas en tant que tel. C’est un copain au lycée qui me dit dans un couloir : « Vas-y on fait un groupe de musique ». Je lui réponds que je ne sais pas jouer d’instrument, il me dit alors « Ben apprends la guitare ». On répétait dans mon sous-sol et on faisait des concerts dans des bars comme La Bourgogne. C’est là que nous avons pris le nom de Tekpaf qui s’est stabilisé vers 2008/2009.
Aujourd’hui c’est comme un deuxième boulot, c’est un loisir ultra chronophage. Notre entourage est forcément concerné car c’est très prenant et parfois délicat à gérer. On n’est ni dans un objectif loisirs, ni dans un objectif professionnalisant. On veut faire les choses sérieusement donc s’approcher d’une qualité pro mais sans l’être réellement. On évolue comme une personne morale avec des personnes physiques. Tekpaf est une entité, un projet qui évolue au gré de ses changements de membres. L’identité reste présente, comme un projet associatif mais son application se modifie légèrement selon les périodes, en fonction des membres qui participent à l’aventure.
On est une association, sauf qu’au lieu de faire des lotos et des repas on fait des concerts !

Comment vous définissez votre musique ?

Ce sont des influences Ska-rock, c’est le pilier de notre musique. Comme Ska-P ou des groupes de festoches du début des années 2000. Le Ska, c’est une rythmique dite une “pompe” à la batterie + un contre-temps à la guitare avec des rythmiques en distorsion, un riff rock et des cuivres (qui sont l’ingrédient principal du Ska). C’est très entraînant. 
Nous on fait de légers détournements, les cuivres ont des lignes mélodiques par exemple.
On entend souvent des gens qui nous disent “Ça fait dix ans que je n’ai pas entendu ça !”, et il y a une certaine jeunesse tout aussi intéressée.
Cette musique est souvent victime de clichés. Elle comporte un versant assez festif, entrainant ce qui, pour certains, en fait une musique « pouet pouet » proche de Patrick Sebastien ; mais cela n’a rien à voir avec nos ambitions. Aujourd’hui, pour le nouvel album nous nous sommes essayés à des nouvelles esthétiques musicales, enfin il faudra juger sur écoute.

Des cuivres, des choeurs, une batterie et du chant, ça fait beaucoup de monde sur scène, comment ça se gère ? De quelle manière fonctionnez-vous ?

Chacun doit trouver sa place, il faut associer tous les membres. Même sur scène, physiquement, on prend de la place ! Il n’y a pas spécialement de leadership, ça se fait plutôt naturellement.
On a depuis quelque temps des nouvelles jeunes choristes. Au départ, elles étaient derrière sur scène, puis petit à petit elles se sont approchées et se retrouvent tout devant. C’est la même chose pour Léo qui nous a également rejoint à la guitare ; il faut que les anciens fassent de la place aux nouveaux, que les nouveaux prennent leurs places, enfin c’est un jeu d’équilibre musical scénique et humain qui ne peut être efficient qu’en travaillant sur la confiance que l’on s’accorde chacun.


Live du titre La Colère au Cri du Col en 2017 – Captation : Au cri du col

Tu écris des textes très engagés qui appellent à la colère, à la révolution même ! Tekpaf, c’est ton outil pour critiquer le monde ?

Oui, de la colère, de la révolte, de l’engagement, de la révolution dans le sens d’un changement radical de certaines choses…oui.
Après ils se trouvent être engagés dans la mesure où il y a une dépolitisation de la musique. Il y a des artistes beaucoup plus engagés et révolutionnaires que nous mais l’offre, aujourd’hui, dans sa globalité ne fait que peu de place à ce type de prises de positions.. 
C’est mon rapport à l’écriture, vu que j’ai socialement une place privilégiée, ça influence ma façon d’écrire. Une place privilégiée car je suis un homme, je suis blanc, j’ai grandi dans une famille favorisée culturellement ( pas financièrement), je n’ai donc pas à combattre, par mon existence de segments d’oppressions comme les femmes où les personnes non-blanches. Cela n’empêche pas d’avoir des doutes, des peurs, des craintes des malheurs, mais je pense que parler de moi dans mes textes ça n’intéresse personne.
Je préfère développer une pensée critique, ce qui donne lieu à un véritable exercice de style. Quitte à extrapoler, à caricaturer.
Généralement je cherche une formule puis je brode autour. 

Je pars du point de vue que tout est politique. Tu ne changes pas le monde avec des chansons mais les changements mondiaux sont accompagnés de chansons ! 
Je pense à la Révolution Française, à la resistance avec le Chant des Partisans, aux travailleuses italiennes et Bella Ciao, au mouvement hippie et Bob Dylan !
La musique peut te mettre dans un état particulier. Dans les interviews de joueurs de foot, ils mentionnent souvent la musique de la Ligue des Champions dans le couloir qui mène au terrain.
Tu ne vas pas arrêter de manger de la viande ou te mettre à voter à gauche en écoutant une chanson, mais ça peut modifier un état d’esprit. L’idée c’est d’ancrer la musique dans une sphère politique, dans une vie de société. 

Quentin sur le rôle de la musique

« Ces racines ne sont pas anodines, elles nous ont forgées ! », voilà qui est fort ! Venir de Montceau-les-Mines, ça suppose quoi ?

De la part des mâconnais ou des chalonnais, on entend souvent “Mais qu’est-ce-que foutez à Montceau ?”, à part du sport (parce qu’ici l’identité sportive est forte).
C’est souvent un peu condescendant et du coup agaçant de sentir une forme de mépris, peut être de mépris de classe, parfois involontaire. Partons d’un principe, j’aime cette ville, j’aime ce territoire et j’aime les personnes qui y vivent.


L’offre de divertissement n’est effectivement pas gigantesque à Montceau. Du coup, cela oblige à des stratégies particulières. Selon nos envies, il n’ya pas forcément de manifestations qui nous conviennent, par exemple il y a assez peu de concerts à Montceau. Donc, il faut trouver comment construire des loisirs. C’est aussi pour cela qu’il y a beaucoup d’associations dans le bassin minier je pense.
Il est possible, ici, de prendre en main des actions.


Quentin Pradines à propos de Montceau-les-Mines

De fait, dans ces différentes activités, tu rencontres des gens avec qui tu noues des relations amicales que tu n’aurais pas imaginées. Par exemple, on a un groupe de copains qui s’étire entre 19 et 40 ans. Cela permet vraiment des partages d’expériences. C’est le cas pour Tekpaf, nous avons trois nouveaux membres qui viennent d’intégrer le groupe, ils ont tous la vingtaine et Raph [bassiste du groupe] , lui, a plus de 40 ans.
Cela oblige vraiment à une discipline de la tolérance de l’écoute ; j’ai l’impression que c’est une réalité plus prégnante dans un territoire comme Montceau.
Du coup, t’as toujours le réflexe d’appeler quelqu’un quand tu vas te balader. Tu rencontres des gens “comme ça”, puis ça se transforme en amitié forte mais par un hasard complet. 
La question de l’immigration ici n’est pas non plus anodine. On est aussi dans une ville qui s’est construite autour de l’immigration. Il y a comme un devoir d’accueil, bien qu’il y ait certaines résistances à Montceau. C’est une ville économiquement sinistrée, on a des soucis d’hôpitaux, de chômage, d’exclusion…oui, mais je crois vraiment dans une énergie particulière qui peut permettre à ce territoire de se repenser et de s’élever.

Crédit Photo : Fabien Dubois

Live du titre Le Grand Délateur au Cri du Col en 2017 – captation : Au Cri du Col

Faire évoluer un groupe en Saône-et-Loire, c’est compliqué ? Penses-tu que les ressources sont suffisantes pour faire de la musique ?

On se démerde principalement tout seuls. Les municipalités nous aident au niveau matériel et prêts de salles. À Saint-Vallier, on a l’aide du FJEP* qui est très importante.
Au-delà de ça, il n’y a pas beaucoup de structures. Et y’a un certain mépris quand tu viens de Montceau, une condescendance des villes culturelles, t’es moins dans les réseaux. Ce n’est pas de la victimisation, c’est aussi historique. Il y a des conflits locaux. Et Montceau, c’est une ville de pauvrasses de mineurs !
*FJEP : Foyer de Jeunesse et d’Éducation Permanente

Que penses-tu de la scène locale ?

Elle est très pauvre. Et pourtant il y a un besoin d’expression flagrant. On a une responsabilité d’accompagnement. Il y a une mise en réseaux qui doit pouvoir se faire. Je pense à Whoody qui est passé au Tremplin, un événement créé par la ville. Ça a le mérite de donner de l’intérêt au local.
Mais il n’y a pas de lieux pour faire des concerts, pour éveiller les consciences artistiques. Il y a quelques structures, comme l’Auditorium des Ateliers du Jour. Mais la question c’est comment on donne envie aux gens de s’exprimer ?
En leur faisant prendre conscience que ce qu’ils ont à dire est légitime ! C’est nécessaire de se révolter quand on est jeunes, c’est un éveil au monde.

Tekpaf, c’est 10 ans d’existence ! Ce n’est pas rien. C’est quoi le secret pour durer ?

C’est de ne pas y penser ! Je pense que c’est beaucoup une question de confiance. S’il y a au moins une personne, tu te démerdes.
La recette, ce serait une dose d’ambition, une grosse dose d’humilité, de la confiance et du mouvement !

Crédit Photo : Fabien Dubois

Crédit Photo : Fabien Dubois


L’interview de Zineb Bouazzaoui, nouvelle recrue du groupe !

Parles-nous de toi, de ton parcours, de ton rapport à la musique !

J’ai commencé la musique à l’âge de 6 ans. Je faisais du théâtre et j’avais droit de chantonner quelques morceaux. J’ai commencé le piano à l’âge de 11 ans et les concours de chants par la même occasion. Puis j’ai intégré un groupe de musique qui s’appelait Blue Night à l’âge de 16 ans. Nous avons arrêté lorsque deux des membres sont partis pour étudier ailleurs. Pour moi la musique, ça a toujours rimé avec plaisir. C’est comme ça que j’ai rencontré mes amis, c’est comme ça que j’ai appris à me connaître, c’est comme ça que j’ai pu me défouler souvent. Et c’est pour moi plus facile de m’exprimer en chantant quelques notes.

Comment t’es arrivée dans Tekpaf ? 

J’ai rencontré Quentin, le chanteur du groupe lorsque que j’étais plus jeune et nous avions travaillé sur un projet musical. il y avait plusieurs projets notamment Les musiciens du foyer. Les liens se sont rapidement créés et quelques années plus tard, Quentin me demandait d’intégrer Tekpaf en me présentant ses nouveaux morceaux. Et après un an de travail à leur côté, nous enregistrons un nouvel opus.

Quentin (auteur), Léa et Zineb (choristes)

C’est chaud quand on veut faire de la musique dans le coin ? Pour se greffer à un projet ?

C’est difficile dans le sens où il faut avoir des connaissances. Maintenant il existe plusieurs lieux pour se produire, mais quand on est jeune et qu’on ne connaît pas grand chose de ce domaine, c’est difficile. Alors on jette vite l’éponge. 

Tes premières impressions depuis que t’es dans le groupe ?

Mes premières impressions, c’est que Tekpaf existe depuis un moment et qu’ils avaient besoin de se refaire une petite santé. Et c’est exactement ce qu’ils voulaient faire en nous proposant d’intégrer ce nouveau projet. Des idées neuves et fraîches. Ils savaient comment se renouveler et c’est en partie pour ça que j’ai accroché. J’avais également besoin d’élargir mes horizons, travailler avec d’autres personnes, sur un style musical un peu différent. Tout le monde est à l’écoute. En arrivant j’ai tout de suite su que peu importe ce que je dirais, ça serait pris en considération. Je les trouve tous adorables, même si j’ai toujours du mal à dire « on » je me sens comme un membre à part entière et c’est quelque chose qui s’est fait tout naturellement. 

Tu fais partie des choeurs, c’est une nouveauté dans le groupe ! Sur d’autres aspects, tu penses que vous apportez autre chose de nouveau avec les autres recrues ? 

En dehors de l’aspect musical et de la dimension toute nouvelle que donnent les chœurs à Tekpaf, je pense que l’on s’apporte tous beaucoup les uns les autres. Léo [nouveau guitariste], Léa [deuxième choriste fraîchement arrivée] et moi arrivons impatients et pleins d’entrain, avec l’envie de faire beaucoup de choses nouvelles et rapidemen t! Alors que les anciens membres sont plus patients et plus raisonnables parfois. Ce qui apporte un équilibre parfait. C’est un mélange d’idées, d’écoute, de musique, et de beaucoup d’amour et de bienveillance. 

Qu’imagines-tu pour la suite ? Tu voudrais te greffer à d’autres projets musicaux ? 

Je n’ai pas trop pensé à la suite, j’ai surtout envie de mener ce projet au bout. Récolter les fonds manquants, organiser une super soirée de lancement, et mettre tout mon cœur dans l’enregistrement de ce CD. C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur, de par ses textes, ses morceaux en tout genre. Je suis très fière d’y avoir participé et j’espère qu’il y en aura de nombreux après celui ci. 

Ça respire toujours le charbon
Le pire d’hier est-il trop bon ?
Paralysé par un passé éthéré
Attiré par un passif trop lourd à hériter

Ici c’est pas Paris et ça n’a pas le poids d’une icône
Ici c’est pas Bali c’est pas non plus Berlin sur Saône
Il y aurait bien que le gris comme couleur à avaler
Ici tu sais c’est la silicose vallée

Extrait des paroles du titre Silicose Vallée pour l’album 2020


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