– 29 mai 2020 –
Pendant la crise sanitaire, le gouvernement nous a dit : « La démocratie doit continuer ». Nous y avons alors pris notre part en proposant aux 5 candidats du premier tour à l’élection municipale de Montceau-les-Mines, de répondre à quelques questions par écrit. Voici les réponses de Marie-Claude Jarrot.


CONTEXTE

Maire sortante : Marie-Claude JARROT
Population : 18 722 habitants
Circonscription : 5e de  Saône-et-Loire
Intercommunalité : CU Le Creusot Montceau-les-Mines


1er TOUR DES MUNICIPALES 2020

Taux de participation : 34,96%

Votes nuls : 2,06%

Votes blancs : 1,03%


RESULTATS DU CANDIDAT


Marie-Claude JARROT (Div. D.) 
Liste AIMER MONTCEAU 40,04 % 
(1 541 voix)



Avec le recul, revenons sur ce premier tour des élections. Êtes-vous satisfaite de votre campagne ? De votre résultat ? Pensez vous que vos idées sont passées auprès de la population ?

Il est difficile de commenter les résultats du premier tour des élections municipales. D’une part parce que cela n’a pas beaucoup d’importance au regard de l’enjeu sanitaire qui nous a obligés et qui nous oblige depuis ces longues semaines durant lesquelles il a fallu répondre au mieux aux besoins et aux angoisses légitimes des familles montcelliennes plongées, pour certaines, dans la maladie et pour d’autres, le plus grand nombre heureusement, dans la crainte et le doute.

Cette épidémie, cette crise sanitaire, elle a convoqué, avant tout, notre responsabilité d’élus en charge de la protection des Montcelliens. Dès l’apparition des premiers signes, nous avons pris toutes les décisions qui s’imposaient pour informer, relayer, appliquer et faire appliquer les décisions de l’État, mais aussi pour inventer, innover et réfléchir à toute forme d’intervention la plus efficace possible. Il en est allé de la continuité du service public mais aussi de notre capacité à répondre à l’urgence de la situation. Et je veux saluer tous ceux qui ont permis de participer à relever ce défi : les soignants dans leur ensemble, les ressources humaines de la Ville qui se sont très vite mobilisés, mais aussi celles et ceux qui ont poursuivi leur activité professionnelle pour assurer au plus grand nombre une forme de quotidien le plus supportable possible. 

Pour autant, les chiffres sortis des urnes nous ont prouvé que l’ambition que nous avions placée dans un projet de poursuite et d’intensification de rénovation de notre ville a séduit une large majorité de Montcelliennes et de Montcelliens. 

Après coup, qu’est-ce que vous changeriez dans cette campagne ? 

Rien. Je suis fière de cette campagne qui nous a permis, avec mon équipe, d’intensifier, parfois sous des formes inhabituelles, le dialogue avec les Montcelliennes et les Montcelliens. Nous avons été très attentifs aux remontées du terrain, aux remarques des uns, aux envies et aux attentes des autres. 

Si nous y ajoutons l’engagement et l’implication des élus sortants, leur expertise et leur grande connaissance du terrain mais aussi la spontanéité et la justesse des propositions et des suggestions des nouveaux colistiers, nous avons pu imaginer, rédiger puis présenter, expliquer et défendre un programme construit en concertation et en adéquation avec les besoins de Montceau et des Montcelliens dans leur diversité et leur complémentarité. 

Cette campagne a été une campagne de réflexion, de travail mais aussi une séquence militante dans son sens le plus noble du terme, à la fois souriante et joviale mais aussi engagée et sérieuse, pour porter haut les couleurs d’une ville qui doit avancer, évoluer et répondre à tous les défis.

Fallait-il maintenir ce premier tour ? 

Je n’ai pas à commenter cette décision prise par le Président de la République, sur avis de la communauté scientifique et en accord avec les présidents de l’Assemblée nationale, du Sénat et de l’ensemble des responsables de mouvements politiques. Ce qui était important de notre côté, c’était d’en assurer les modalités d’organisation sanitaire les plus strictes. C’est ce qui s’est passé. 

Alors bien sûr, le taux d’abstention, élevé, a montré, je le crois, et les témoignages en ce sens ont été très nombreux dans les heures qui ont suivi le scrutin, l’inquiétude alors grandissante des Montcelliennes et des Montcelliens face à l’épidémie qui commençait à frapper notre territoire. Et je suis certaine que la contradiction entre, d’une part, la déclaration du Président de la République de maintenir ce premier tour et, d’autre part, celle du Premier ministre, la veille du scrutin, de fermer la quasi totalité des établissements recevant du public, les bars, les restaurants et les commerces, a semé le trouble et l’incompréhension, justifiant le choix de nombreux Montcelliens de ne pas se déplacer aux urnes.

D’un point de vue strictement militant, j’avais d‘ailleurs, en tant que tête de liste, dès le mardi précédent le premier tour des élections, décidé d’annuler la réunion publique de notre équipe qui devait se dérouler deux jours plus tard. Je l’ai fait savoir aux autres têtes de liste. Et cette décision était sans aucun doute la plus adaptée à la situation. 

Que nous révèle la situation actuelle (crise du coronavirus) sur notre société ?

De la situation actuelle et de ce confinement naîtra sans doute cette inclinaison à se recentrer sur l’essentiel, sur ce qui est vraiment important. Ce confinement, parfois difficilement vécu, à été pour certains, l’occasion de réfléchir à de nouvelles priorités : économiser, s’économiser, écouter les autres, s’écouter aussi peut être mieux, modifier nos habitudes de consommation ou encore placer l’homme au centre et au cœur de nos démarches.

Nous voyons bien d’ailleurs que ces premiers jours de déconfinement n’ont pas donné lieu à des déferlements d’optimisme et de manifestations plus bruyantes les unes que les autres. Cette sortie de crise a été au contraire, pleine de retenue et de calme. Sans incident, sans faux pas. Tout en modération.

Il faut dire, et je veux remercier les agents municipaux notamment, mais aussi les bénévoles, les forces vives ou encore les associations, que nous avions tout mis en place pour préparer ces « jours d’après ». Et c’est bien normal. C’est le rôle et l’honneur d’un maire d’imaginer au mieux les conditions du lendemain, parce qu’il est au coin de la rue, parce qu’il est plus réactif dans la gestion du quotidien ou plus agile dans l’organisation du terrain. 

Bien sûr, au début de cette pandémie, par manque d’information, la demande de collectif s’est amplifiée dans notre pays et sur chaque territoire. Et chaque intervention du Président de la République ou du Premier ministre a pulvérisé des records d’audience mais c’est encore sur le terrain que se sont tournés les premiers espoirs et les premiers regards : en direction des élus c’est normal qui impulsent et coordonnent, en direction des soignants, évidemment mais aussi très vite en direction de ces « premiers de corvées » qui ont assuré les moyens de notre subsistance. 

Je pense à l’accompagnement des plus défavorisés, des plus isolés, des plus âgés ou des plus fragiles, pour lesquels il nous est revenu, par delà l’entraide et la fraternité entre voisins qui ont fait des miracles, de veiller et de surveiller. Veiller par exemple à ce que, durant cette période de confinement, certains qui, par faute de contact rassurant, se seraient laissés aller ou d’autres encore qui, par peur d’être contaminés, auraient mis en sommeil leur traitement habituel ou leur surveillance systématique pour d’autres maladies chroniques tout aussi difficiles à gérer au quotidien, veiller donc à ce que le lien citoyen ne soit jamais rompu. 

Bien sûr, cette pandémie, et c’est peut être aussi ce qui va faire ce « monde d’après » aura pour conséquence de nous faire réfléchir de plus en plus à des systèmes de numérisation et de connexion à outrance, où les interactions et les transactions sans contact deviendront peut-être la règle, où la téléconférence, le téléenseignement, la télémédecine ou la télé opération se généraliseront. Mais il reste quand même cette indispensable solidarité à laquelle le virtuel ne saurait complètement répondre. Il reste aussi  les dangers d’une “e-life” qui oublierait les produits frais du marché, qui préfèrerait les sentiments aux preuves de sentiments, qui ferait la part belle à l’aseptisation de tout. 

Il doit rester ce cœur d’une ville et de ses habitants, qui bat. 

Second tour, engagement politique à Montceau-Les-Mines ou au-delà : que prévoyez-vous maintenant ?

Pour ce qui est de la suite des élections municipales, qui sont ce rendez-vous démocratique si capital avec nos concitoyens, nous respecterons le tempo décidé par l’Etat.

Quel qu’il soit, et c’est cela le plus important, il nous faudra tirer les leçons de cette séquence inédite qui nous laisse à croire que les grandes orientations prises en tous cas au cours de notre mandat et intensifiées dans notre programme électoral, ont été et restent les bonnes. 

Je pense à la mise en place des tablettes permettant d’organiser des visioconférences entre les résidents et leur famille. Je pense à la généralisation du wifi dans les établissements publics et notamment dans les écoles, permettant durant le confinement, une parfaite maitrise de l’enseignement à distance mais aussi, par la suite, des conditions plus faciles d’un retour à l’école. Je pense encore à nos choix écologiques parce que nous ne pouvons plus accepter que ce que nous pouvons produire ici le soit de l’autre côté du globe, certes à un prix dérisoire, mais à un coût social et écologique insupportable. Montceau a d’ailleurs donné l’exemple en commandant, mieux, en confectionnant des masques en tissu « Made in Montceau ». 

Bien sûr, il faut aller plus loin pour le rapport au travail, pour la consommation et les circuits courts, pour l’accroissement de la dématérialisation ou encore pour le choix des critères de nos marchés publics.

Bien sûr, il faut aller plus loin dans la remise à plat la gestion de nos hôpitaux dont la crise ne date pas de cette pandémie. Dans la mesure où la santé est un bien commun, financé par l’argent public, les droits et les devoirs de tous les acteurs devraient, à l’avenir, converger. 

Le prochain Ségur annoncé par le Président de la République est attendu non seulement à l’hôpital mais, plus largement, par l’ensemble des Français à qui la crise du coronavirus a douloureusement révélé les failles d’un système de santé qui ne va pas bien. Et ce n’est pas le versement d’une prime pour les soignants et la remise d’une “médaille de l’engagement” face à l’épidémie qui va répondre aux attentes des soignants. 

Plus largement, il s’agit de sortir du dogme de la fermeture de lits mais aussi d’une gestion strictement financière des établissements de santé : c’est le cas évidemment pour notre hôpital qui doit enfin trouver d’autres moyens d’évolution que ceux imposés à coups de COPERMO (Comités interministériels de performance et de la modernisation de l’offre de soins). 

Si nos personnels ont été formidables, à Montceau, comme partout en France, il n’en reste pas moins inimaginable que les tableaux Excel et les exigences de rentabilité reprennent le pouvoir.

Et là encore, ce sont les collectivités locales qui devront enfin devenir des acteurs de premier plan dans la politique de santé publique dans le cadre d’une stratégie nationale ambitieuse élaborée avec l’Etat. 

Plus globalement, avec cette idée prégnante que c’est du terrain que viennent les solutions les plus efficaces, les plus innovations et les plus novatrices.

Avec cette idée que c’est grâce à l’implication, en proximité, des habitants, des associations, des entreprises et des forces vives qui accompagnent les élus, que nous sommes arrivés et que nous arriverons plus encore demain à faire de ce patriotisme communal le rouage et la ligne de conduite de notre modèle de société. Un modèle où rien n’est figé et où tout doit pouvoir évoluer au gré des circonstances et des dangers, au gré des opportunités et des caprices de la vie.

Agir et réagir. Sans dogmatisme mais avec des valeurs. En rassemblant et non en divisant. Cette épidémie a montré, une fois encore, la force du collectif. Non pas celle d’un camp contre un autre, mais celle qui rassemble les morceaux épars d’un puzzle qui s’appelle une commune. 

C’est cela qui me laisse à croire que nous sommes capables, élus et habitants, de panser le présent tout en pensant l’avenir.

A nous de nous saisir de cette opportunité pour comprendre et agir dans le sens de l’histoire. Il n’y a pas de fatalité, il n’y a que des fatalistes. Le monde d’après, comme le dit le titre d’un très beau film, “ça commence aujourd’hui” !

Marie-Claude JARROT

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