Pourquoi la crise ? Pourquoi n’en sortons-nous pas ? Pourquoi a-t-on l’impression qu’à la tête du pays, on se débrouillerait mieux que cette bande d’incapables ?
Peter, Parkinson, Dilbert, Murphy, que nous apprennent les vraies lois qui dirigent notre système ?
Une photo mystérieuse, un bon titre putaclick et c’est le carton assuré.

Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer

Rasoir de Hanlon

Le Rasoir de Hanlon a le formidable avantage, hormis celui de nous faire perdre tout notre lectorat conspirationniste dès la première phrase de l’article, de jeter un oeil un peu moins pessimiste sur la crise que nous vivons… Enfin…
Michel Rocard en son temps, nous l’expliquait aussi à sa façon : “Toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante. Le complot exige un esprit rare“.
Il faut l’avouer à la lumière de cette citation, on a tout de suite moins envie de se dire que le Coronavirus a été créé par les Illuminatis-reptilo-judéo-maçonniques-LGBTQUIA+, dont Macron est la marionnette, pour régler au plus vite le problème des retraites, qu’une réforme déjà criminelle avait du mal à faire passer.
Nous sachons que nous ne sachons rien, prends ça dans les dents Socrate. 


Ben alors si ce n’est pas un complot, c’est quoi ? C’est juste la faute à pas de chance ? 

Non, on ne cesse de le répéter, et ça même ceux qu’on ne saurait qualifier de dangereux gauchiasses le disent aussi, c’est une crise de système. Pas juste ces chinois mangent n’importe quoi, quelque chose qui va de la déforestation effrénée à la mondialisation effrénée, jusqu’à la perte effrénée de notre souveraineté industrielle, fruits d’un libéralisme qui organise une casse effrénée du service public.
Bref ça va vite comme un virus qui se répand et ça fonce droit dans le mur.

Pan ! Loi de Murphy baby : Tout ce qui est susceptible d’aller mal, ira mal.

– Bin oui c’est sûr que BIG PHARMA veut faire du profit mais pour ça il faut qu’ils nous gardent en vie.
– Oui mais le monsieur il a dit sur Youtube que ….
– ALERTE EXPERT INTERNET !!! –

On vit dans un monde d’experts, il s’en auto-proclamme tous les jours en haut lieu et à la télé, pourquoi pas sur Facebook ou twitter ?
Vous l’avez voulu la liberté ? La voilà, celle d’entendre n’importe qui dire n’importe quoi à n’importe quel moment, juste parce que du jour au lendemain, chacun à un canal de diffusion sur le monde entier que seul les puissants pouvaient s’offrir jusqu’à l’an 2000.
Du coup avouons que le mensonge devient difficile puisqu’il est immédiatement contredit par les internets, à nous de faire le tri, à nous de définir qui est assez compétent pour qu’on veuille le suivre.

Voilà on y arrive : la compétence.
J’ai un pote qui me rappelle souvent une théorie, une loi empirique relative aux organisations hiérarchiques pour être exact : le Principe de Peter.
Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence, avec pour conséquence que tout poste sera à terme occupé par quelqu’un incapable de l’assumer.
C’est simplissime comme l’évoque Michel Claessens dans Petit éloge de l’incompétence : « les travailleurs sont promus tant qu’ils restent performants dans leurs postes successifs et que, en conséquence, ils atteignent à un moment donné un poste où ils ne le sont plus ».
Amis anti-fonctionnaires primaires c’est le moment de vous lâcher !

Mais au fait qui sont exactement les fonctionnaires qu’on n’aime pas ?
Pas les personnels hospitaliers ce sont nos nouveaux héros, pas les pompiers, pas les profs (quoique si un peu ), pas les polici… Bon d’après le slogan tout le monde les déteste… Enfin on les aime quand ils tapent sur des arabes et des gilets jaunes mais pas quand ils nous mettent des PV pour excès de vitesse. De la même manière on n’aime pas les fonctionnaires des impôts… En fait peut-être qu’on aime pas ceux qui ont du pouvoir… Enfin pas tous et puis en fait chacun d’entre nous déteste ses fonctionnaires à lui, pas les mêmes.
Ceux sur qui on pourrait s’accorder ce sont les haut-placés : les haut-fonctionnaires. Ceux qui nous dirigent dans l’ombre, ceux qui, peu importe le pouvoir en place, de gauche, de droite, sont toujours là. Ceux qui ont fait l’ENA, ceux qui, et en ce moment on les voit à l’oeuvre, gèrent la machine et donc ses crises.

Alors forcément quand on voit ces personnes qui ont monté un à un tous les échelons de la hiérarchie administrative française, on ne peut que repenser à ce cher Laurence J. Peters et son principe. Mais pas seulement, un certain Cyril N. Parkinson a également fait de son nom une loi. Elle concerne la multiplication inéluctable des bureaucrates : Le travail étant extensible, il n’y a pas de relation entre un travail donné et la taille de l’équipe qui en est chargée.
C’est pas très clair hein ? Un tour sur Wikipédia nous dit ça : 
“Un bureaucrate entend multiplier ses subordonnés, pas ses rivaux : il a une tendance à diviser le travail pour éviter d’être remis en cause par l’un de ses collaborateurs. Il crée ainsi des besoins de coordination interne, qui entraînent une charge de travail supplémentaire, puis l’embauche de collaborateurs supplémentaires. On construit ainsi un système « autarcique » qui va consommer, de manière endogène, une part croissante de l’énergie disponible… Les bureaucrates se créent mutuellement du travail. Plus il y a de bureaucrates, plus les demandes d’approbation qu’ils se communiquent mutuellement, ou tâches comparables, les occupent, de sorte que le travail accompli d’un point de vue extérieur par l’administration dans son ensemble n’augmente pas”.

Ça c’est le grand truc de notre société : diviser, morceler, diluer les tâches mais surtout les responsabilités. On connait, quand une erreur est faite, quand on veut se plaindre, ce n’est jamais la faute à la personne qu’on a en face de nous, mais celle d’un obscur supérieur qui lui-même doit rendre des comptes à un obscur supérieur. Chacun a son N+1, de l’agent d’accueil avec l’inspecteur, au président de la république avec l’Europe. Et pourquoi pas jusqu’à Dieu.
Quand un fond de pension qui indirectement gère l’argent de millions de modestes américains rachète une boite française, la vide de son activité et de ses salariés, puis la revend en faisant une plus-value, contre qui doivent se retourner les employés français ? Au fond si les pauvres d’ici perdent leurs emplois c’est la faute des pauvres de là-bas, en oubliant que ce sont bien les intermédiaires qui rendent ça possible. Elle est là la dilution de la responsabilité avec pour corollaire de nous donner personne contre qui se battre quand on se sent spolier.

Revenons à nos hauts-fonctionnaires.

Il sont donc là les fameux professionnels de la politique. Je vous l’accorde s’ils ont autant de pouvoir c’est bien parce que les élus n’ont plus de convictions, mais ils sont bien là, indéboulonnables, bien-heureux et affables comme des préfets… Par exemple…

Tellement certains de leur compétence dûment acquise à l’école méritocratique de la république. Ils sont là contents d’être contents, du coup il me revient une autre virée sur Wikipédia durant laquelle j’ai découvert L’effet Dunning Kruger : l’effet de surconfiance.
Ce sont deux psychologues américains qui, forts d’une série d’expériences, ont prouvé qu’à cause d’un biais cognitif, les personnes non-qualifiées dans un domaine (grammaire, conduite automobile, jeux, sport…) sur-estiment pourtant leur compétence : l’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance.

Ils sont donc là tellement sûr d’eux qu’ils pensent pouvoir mener leur politique destructrice et toujours s’en sortir, à moins que ce virus soit vraiment démocratique.
Bref “les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait” (Michel Audiard toi-même tu sais).
Parce qu’en fait ils sont peut-être juste cons : un principe va plus loin que celui de Peter, le Principe de Dilbert : Les gens les moins compétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts : ceux de managers.
Ce sont donc les plus mauvais qu’on promeut, mais sur les dégâts causés je suis moins sûr, parce que dans la grande charpenterie c’est bien eux qui installent les plafonds de verre contre lesquels les plus compétents qu’eux, mais moins bien nés, viennent se fracasser la tête.

Car oui, il se trouve que le système ne produit pas tout seul ses abus, il y a bien des noms qui correspondent aux postes de haut-fonctionnaires, d’élus ou de grands entrepreneurs. Ils ont un nom ceux qui dictent les lois, ceux qui polluent, ceux qui ne payent pas l’impôt sur les bénéfices.
Aujourd’hui, en pleine crise de ce sytème, on nous culpabilise encore, nous simples citoyens, sur ce qu’il faudra faire pour un monde meilleur à la sortie.
On dit souvent que l’inventeur de l’arme n’y peut pas grand chose, que c’est celui qui appuie sur la gâchette le responsable. C’est peut-être oublier qu’entre les deux, il existe une manufacture qui produit et vend les flingues, légalement, très cher et en grande quantité.

Bon vous l’avez compris, rien de secret ici, juste le résultat de quelques recherches accessibles à tous sur la toile sauvage et mondiale, une excuse pour faire de l’anti-élite certainement, renégat que je suis.

Benjamin Burtin, 29 avril 2020.