On vous a déjà parlé du Collectif La Méandre, une floppée de créatifs en tout genre éparpillés dans les hangars du Port Nord à Chalon-sur-Saône…
Danseu.r.se.s, comédien.ne.s, musicien.ne.s, plasticien.ne.s, ils sont tou.te.s touché.e.s par l’annulation de dates et concerts. Mais pas question de rester inactif.ve.s !
Tous les jours, à 16H, il.elle.s sont là pour vous faire passer un bon moment sur les ondes ! “Pianos à gogo, chronique sportive, le masque et la fume”, y’en a carrément pour tous les goûts !
Quand on est enfermé·e et que l’autre n’est plus accessible, il faut bien provoquer les “rencontres par hasard”, et autant dire que la radio Cocovidalocacaducul créer des ponts pour vous ! Un repère journalier qui fait du bien… Jean Ahmed, l’un des chroniqueurs, nous explique comment ça marche !


Écouter l’émission :

* Sur Chalon-sur-Saône : fréquence 100 fm (ou 90 pour les anciens appareils)

* Sur le site de la radio ici


J’ai envie de commencer par vous demander comment ça va ? Vous tenez le coup ?

Oui, on tient le coup, le moral est bon. Pour ma part, je ne sens pas le confinement, le temps ne s’allonge pas, je trouve pour l’instant que le fait d’être nombreux est stimulant, on a envie de tout faire tout de suite alors que ce temps est indéfini, c’est un de nos travers habituel, en temps de confinement, ça ne change pas. Je ressens déjà le besoin de faire moins de choses, ou plutôt de faire mes choses. J’ai aussi décidé de ne pas du tout me replonger dans le boulot car vu les enjeux de ce moment, ça n’est pas prioritaire en ce moment, j’ai envie de laisser surgir ce qui est indispensable plutôt que de continuer à faire comme si tout était normal.

Piano à gogo, chronique de Princesse Schlag qui “joue du piano la nuit dans un studio 
dont les murs sont recouverts de matelas” – Émission du 23/03/2020




Une communauté d’artistes en confinement, ça doit pulluler d’idées pour ne pas s’ennuyer nan ?

Bah c’est assez paradoxal, mais on n’est une partie qui sait ne rien faire et une seconde partie qui y prétend. Alors ça fait des situations marrantes dans lesquelles certains courent dans tous les sens parce qu’il faut tout faire, et les autres qui restent dans leur coin en rigolant. A part la radio, au niveau artistique, on n’a rien projeté de particulier, on cherche plutôt à définir quel type d’actions inutiles pourraient naître de cette période inutile. L’une des réponses est une machine à kébab fait maison.
En gros, j’ai l’impression qu’on n’est plutôt en standby qu’en période d’effervescence.

Des membres du Collectif la Méandre en confinement – Crédit Photo : Julie Honoré


C’est quoi le pire dans cette situation figée ?

Le pire c’est de sentir qu’autour beaucoup de choses continuent comme si de rien n’était, alors que la situation est tout sauf anodine. On arrive assez bien à intellectualiser la gravité de ce qui se passe et le potentiel de remise en question qui pourrait surgir de cette situation, mais globalement l’Etat, les gens, ne sont pas près à se dire que les choses vont changer, qu’on ne peut plus fonctionner de la même manière. Je trouve ça effrayant.


L’émission est mouvante et chaque jour en construction mais tu peux nous dire à peu près comment elle se déroule ?

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on a appris à faire de la radio. On a passé deux journées avant la première émission à faire des tests techniques, histoire de produire quelque chose qui soit écoutable. Une fois que c’était fait, on a commencé à appeler des potes à droite à gauche, à recontacter ceux qu’on avait quittés quelques jours plus tôt et avec qui on s’était promis de vivre cette aventure radiophonique. Quelques heures plus tard, les premiers contenus arrivaient. De notre côté aussi on à réfléchi à quel genre d’émission on voulait, qu’est ce qui pourrait faire la somme de nous tous et pas être trop intello, ni trop débile, de nos envies est donc née radio cocovidalocacaducul, le nom parle de la période qu’on traverse et qui crée un commun, mais aussi de l’envie voir du besoin de nous jouer de tout ça, de continuer à rire, sans pour autant fermer les yeux. Jusqu’ici, j’ai l’impression que tout le monde y trouve son compte.


Comment se passe le participatif du coup, on peut vous envoyer des textos, c’est open bar ? faire des spéciales dédicaces ?

Oui ! on reçoit plein de textos à chaque émission, on peut prendre des coups de fil à l’antenne, on essaie, à travers la radio de rester connectés, d’une part en proposant des contenus des potes d’ailleurs, par la production on reste ensemble, et puis, pour les auditeurs, le fait de proposer un rdv quotidien, c’est pas annodin, les gens qui prennent des habitudes, on aime, on les lachera pas ! La FM aussi, c’est un truc qui nous tenait à coeur, pouvoir tomber sur cocovidalocacaducul en changeant de station, c’est une porte qui dépasse nos milieux, c’est chouette

We are the World we are the Children – Les enfants parlent aux enfants grâce à leurs parents – Émission du 21/03/2020


L’idée si j’ai bien compris c’est aussi de donner des infos qu’on n’aurait pas trop ailleurs ? Comme les contrôles abusifs des forces de l’ordre par exemple…

Bah en théorie, tout le monde à l’accès à l’information, mais le fait est que les mass médias distillent seulement un type d’information. Notre idée, c’est que par notre réseau, par des témoignages de potes à droite à gauche, par des ITW de soignants ou autres travailleurs, on s’offre un autre regard sur l’actualité. Ce que l’on propose aussi c’est de regarder le confinement avec nos yeux, nos filtres. Effectivement, la questions des violences policières, du rétrécissement des libertés individuelles, la mise en place d’un état d’urgence sont des choses qui nous touchent particulièrement dans le sens où ce type de période d’exception est souvent une porte d’entrée vers des régimes plus autoritaires, par exemple, on est sous vigipirate depuis 1998, les loies antiterroristes sont entrée dans le droit commun despuis les attentats du bataclan, bref, témoigner de ce potentiel glissement nous est indispensable.

La Photo du jour, mais celle de la veille – Pierre s’est toujours dit que de parler de photo à la radio c’était trop la classe – Émission du 22/03/2020 – Vers l’infini et au-delà – day#81 – year#07


Pourquoi il faut absolument vous écouter tous les jours à 16H ?

Il ne faut pas absolument écouter cocovidalocacaducul, par contre, si vous avez envie d’une bonne pause sur les coups de 16h, si vous aimez les plaisirs simple, comme un bon café le matin, écoutez, c’est une émission de radio pleine de caféine !

La Chronique Sportive de Passion Baston qui “nous faire vivre un événement sportif déjà passé” – Émission du 22/03/2019 – Jean Galfione – Atlanta 1996


Un conseil à donner à ceux et celles qui sont tout.e.e seule.s chez eux.elles ?

Se préparer, intimement à ce que le monde ne soit plus celui que l’on a connu, c’est une manière d’être prêtes et prêts

La Discothèque – Les morceaux de la musique créés pour l’occasion – Combattre le microbe de Saint-Ohm

Le masque et la fume – Fanny chronique des livres qu’elle aime ou pas – Émission du 21/03/2020


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Maëlle Ghulam Nabi

Illustration de l’article : Français écoutant une allocution de l’amiral Darlan, vice-Premier ministre de Vichy, en mai 1941 © Getty / Universal History Archive