L’École du futur voit le jour au lycée Henri Parriat à Montceau les Mines ! Des tablettes pour les élèves, une salle immersive, une nouvelle pédagogie, Fanny Egger et Yves Lelanc nous parlent de ce qui constitue exactement ce qu’on appelle une École Laboratoire.

 

En quelques mots, c’est quoi un Labschool ?

En fait, après avoir réfléchi et nous être documentés sur la notion de Labschool nous nous sommes dit qu’il fallait sans doute revenir à un terme plus proche de notre réalité (le terme a une acception anglo-saxonne très marquée et répond à des problématiques scolaires et éducatives différentes de la nôtre) et de ce que nous souhaitions. Ce n’est certes que la traduction du terme anglais mais il nous permet de positionner le mot « école » en premier : Ecole laboratoire.
Quelle réalité est-ce que cela recouvre donc ?
C’est une école ouverte sur son territoire et sur le monde de la recherche. Il ne s’agit pas de faire du lycée un lieu d’application de politiques, de projets ou de principes pédagogiques élaborés « hors sol », mais plutôt de devenir, comme le souhaite l’ensemble de la communauté de l’établissement, le lieu privilégié d’un échange entre les acteurs de terrain, des partenaires extérieurs identifiés et des laboratoires de recherche ou des chercheurs.
La dimension d’expérimentation est aussi extrêmement importante, nous sommes persuadés que la réussite d’un tel projet passe par la possibilité pour tous d’expérimenter et de vivre d’autres manières d’enseigner, d’apprendre et de construire ensemble le lien entre l’école, ses acteurs et le territoire sur lequel elle se trouve.

Nous avons tenu à inscrire physiquement au cœur de l’établissement notre « labo IRRéEL – Innovation, Ressources, Recherche en éducation et expérimentation en un tiers-Lieu ». Il se concrétise dans une salle « immersive » de 250m² dans laquelle tous peuvent venir s’immerger dans d’autres manières d’enseigner (grâce au mobilier plus « mobile et flexible », à des outils numériques, à des espaces modulables où l’on peut intervenir à plusieurs). Les premiers retours d’expérience sont enthousiastes.

 

Ce Labschool est inédit et unique en Saône et Loire ! Pourquoi ici, au lycée Henri Parriat ?

Le lycée Henri Parriat accueille une forte proportion d’élèves issus de classes sociales défavorisées et cette particularité a conduit les équipes pédagogiques, bien avant la naissance du Labo IRRéEL, à réfléchir à un accueil et un accompagnement adaptés à un public très hétérogène.
De fait, notre lycée est classé comme « accompagnateur » de la réussite de nos élèves dans la typologie des établissements que fait notre institution. Notre lycée recèle ainsi de nombreux projets innovants attachés à des individus ou des équipes, et il nous a paru manquer d’un lieu dans lequel ces « innovateurs – accompagnateurs » pourraient prendre la parole pour exprimer et questionner leurs propres pratiques, dans la bienveillance. Il n’est pas question pour nous de concevoir cette transformation vers un « établissement apprenant » comme un « essaimage », par simple reproduction à l’identique de projets, mais plutôt comme une contagion des idées et des désirs pour un renouvellement et une meilleure intégration des nouveaux venus.

Au mois de juillet 2017 nous avons rencontré avec l’actuel proviseur, Mme Frédérique Alexandre-Bailly, la Rectrice de l’académie de Dijon pour lui soumettre notre projet de lieu tiers de l’éducation dans un établissement scolaire. Notre proposition a croisé un projet qu’elle souhaitait développer dans l’académie, la création d’écoles laboratoire / labschool. Après avoir visité notre établissement et avoir pris connaissance du dynamisme dont font part nos collègues investis dans les projets, elle a décidé de faire du Lycée l’un des quatre établissement « école laboratoire » de l’académie. Chaque établissement doit d’ailleurs déployer son projet de manière individuelle, aucun ne se ressemble, les voies empruntées sont différentes.

 

Quelles sont les grandes étapes futures du projet ?

Dans un avenir proche nous aimerions continuer à développer nos pratiques communes d’enseignement, pouvoir partager avec les collèges usagers pour aller encore plus loin dans l’utilisation de ces nouveaux espaces sans oublier d’évaluer ces nouveautés par une observation réflexive dans un premier temps.

Deux actions soutenues par la recherche émergent doucement également, une autour de la littératie portée par un petit groupe d’enseignants autour de Fanny Egger et accompagné par une chercheuse Québécoise, Catherine Bélec, directrice du LABSEL, un laboratoire visant au développement d’une pédagogie centrée autour des stratégies propres à la littératie.
Une autre a pour objectif une enquête ethnographique sur la communauté éducative élargie de notre établissement. L’idée étant de brosser un portrait de cette communauté qui puisse servir à la construction d’un outil d’accueil de nos futurs élèves de seconde. L’enquête devrait se dérouler sur trois ans et être accompagnée par ODIL. La chercheuse qui nous accompagnerait serait Caroline Darroux qui intervient notamment à la maison du patrimoine oral de Bourgogne.

Au-delà, nous souhaitons aussi développer l’accompagnement des collègues des établissements proches du lycée (collèges, écoles primaires), dans l’utilisation de ce lieu et dans la réflexion en les recevant ou en organisant des événements communs. Le labo de maths qui est intégré à notre structure organise au mois d’avril une « kermesse des maths », l’objectif étant de montrer les mathématiques sous un autre angle comme le préconise le récent rapport Villany – Torossian. Ces événements pourraient prendre l’aspect de forums ou de hackathons autour de l’éducation. Nous les souhaitons les plus ouverts possible sur l’extérieur.

Enfin notre lien avec l’ESPE (formation initiale des enseignants) a été inauguré récemment avec l’accueil de jeunes collègues stagiaires venus travailler sur des projets interdisciplinaires en cours de conception. Les échanges avec la formation des enseignants nous paraissent également fondamentaux pour le futur de notre projet. Ils permettent de rendre « réelle » une forme de pratique qui est trop souvent décrite théoriquement.