Le « coup de boule » de Zidane, ça vous dit quelque chose ? Vous pensiez qu’il s’agissait d’une simple perte de sang froid ? Laissez la compagnie Cipango vous présenter les choses sous un autre angle…
Dans « A propos de foot », leur dernier spectacle présenté au collège Jean Moulin, la troupe évoque l’histoire, l’évolution, les moments de gloire et les déboires de ce sport en proposant une approche philosophique.
Julie Roux et Étienne Durot nous expliquent en quoi le foot et le spectacle vivant, ça pourrait être la même chose…

 

Pouvez-vous présenter brièvement la troupe ?

La compagnie Cipango est née de notre rencontre au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris. En 2014, nous avons décidés d’ancrer la compagnie à Toulon-sur-Arroux (71) pour répondre à notre envie commune de « décentralisation ». Car Cipango, c’est aussi aller à la rencontre d’un territoire, proposer des actions culturelles, notamment dans le cadre d’un CLEA (Contrat Local d’Education Artistique).

 

 

Une équipe d’acteurs et de techniciens s’est constituée au fil des créations, dans un esprit collectif et familial. La petite forme « À propos de foot » s’est montée en parallèle du spectacle « Maradona c’est moi » avec Julie Roux au jeu et Yann Pompidou à la guitare. La mise en scène est signée par Etienne Durot assisté de Clément Chébli.

Pourquoi avoir choisi le football plutôt qu’un autre sport pour cette pièce ?

Tout d’abord pour des questions de goût. Etienne Durot, originaire de Toulon sur Arroux a très tôt été sensibilisé à ce sport ainsi qu’à l’effervescence et la joie populaire dues à la présence toute proche d’un club : Le FC Gueugnon !

Ensuite, il y a eu la découverte de l’enquête « Maradona c’est moi »( dont est tirée la pièce) de l’auteure argentine Alicia Dujovne Ortiz, au hasard d’une émission de radio. Maradona est apparu comme ces héros tragiques grecs que nous connaissions bien. Un personnage mi-dieu, mi- homme, qui a un destin et qui tente d’y échapper souvent pour le pire. À partir de là, nous avons pu construire de nombreux ponts entre le théâtre et la dramaturgie du foot. Ce fut le point de départ des projets « Maradona c’est moi » et de sa petite forme « À propos de foot ».

 

Affiche de la représentation « Maradona c’est Moi » de la Cie Cipango

 

 » Le jeu comme point central, un ballon qui est comme un texte que les acteurs/joueurs se passent (…) Le foot est un sport populaire comme le théâtre. « 

 

Le texte d’Olivier Pourriol, dont est tiré « À propos de foot » , s’appuie également sur les convergences entre le foot et le spectacle vivant. Nous avons pu constater des similitudes essentielles. Le jeu comme point central, un ballon qui est comme un texte que les acteurs/joueurs se passent. Une unité de temps, de lieu et d’action (dont le dénouement s’écrit sous les yeux des spectateurs) . Une évolution sociale étroitement liée aux évolutions économiques, qui n’est pas linéaire mais cyclique. L’émergence de personnages principaux mais qui ne peuvent exister sans les partenaires, qui sont le vent qui souffle dans la voile.
Le foot est un sport populaire comme le théâtre.

Le texte de la pièce est tiré d’un livre de philosophie. Comment transmettre un maximum de notions à un public qui n’est pas forcément initié ?

C’est justement notre volonté et notre plaisir de rendre accessible des textes qui peuvent sembler difficiles au premier abord. Notre travail est de rendre le texte vivant et audible. C’est notre sport : être des vecteurs d’émotions et de réflexions sans essayer de faire passer des messages. Laisser le texte vivre et faire son chemin dans l’esprit de chacun. Pour le coup, le texte d’Olivier Pourriol est très accessible. Seulement comme il est rangé dans le rayon philo ou socio de la bibliothèque, il peut apparaitre d’office inaccessible. Nous pensons qu’un texte s’il est bien écrit peut être reçu par tous. Nous sommes là pour l’aider à sortir du livre et l’emmener au coeur du spectateur.

 

Oeuvre de référence pour la pièce « À propos de foot »

 

Jouer en dehors des espaces scéniques classiques, c’est difficile ? (ici dans un collège)

Cette forme est conçue pour être jouée telle quelle, sans effets techniques, ni lumières, ni décors. Juste des chaises disposées en rectangle pour le public. Un musicien avec sa guitare, une comédienne et un ballon. Cela demande une écoute, comme un flux tendu entre l’actrice, le musicien et les spectateurs. Du fait de ce dénuement et de cette proximité, chaque réaction joue. Dans le cas de ce spectacle, le dispositif est essentiel car il rappelle le match, avec la circulation de la parole comme un ballon. Pas d’arrêt de jeu, sauf si nécessaire.

 » Le dispositif est essentiel car il rappelle le match, avec la circulation de la parole comme un ballon. Pas d’arrêt de jeu, sauf si nécessaire. « 

Jouer cette pièce en milieu scolaire est un réel plaisir. Elle suscite beaucoup de réactions sur l’instant, car elle revient sur des actes qui ont marqué l’histoire du foot et plus particulièrement des mauvais gestes, pour lesquels chacun pense avoir un avis, mais qui au final est parfois dénué de sens. On s’interroge, on est touché. Cette réflexion nous plonge au coeur de nos faiblesses et de nos imperfections pour leur donner du sens. Pour citer Claudel «  Dieu ne permet pas qu’aucune créature soit allumée sans qu’un peu d’impureté s’y consume »

Et enfin, vos actualités en Saône-et-Loire ?

Le spectacle reprendra la saison prochaine, nous sommes en train de travailler dessus. Il y aura des dates en Saône-et-Loire, mais nous ne pouvons donner d’autres précisions pour le moment. Il faudra rester vigilant à la programmation dans le département 🙂 .