Émily Leveillé, réalisatrice et photographe, propose avec sont art un  émouvant voyage. Elle est un des maillons de la chaine du Collectif d’artistes autogéré La Méandre à Chalon sur Saône, dont elle utilise les ressources habilement. Soyez prudent en voyageant d’une capsule vidéo à l’autre, vous risquez de vous y perdre, de vous laisser capturer dans son univers aussi doux qu’abrupt, captifs d’une image intense et vertigineuse !

 

Parles-nous de toi, comment en es-tu venu jusqu’ici, quel chemin amène à travailler au sein d’un tel collectif qu’est celui de la Méandre ?

J’ai rencontré la méandre par hasard, à l’arrosoir, par l’intermédiaire d’anne-chloé Jusseau (qui a composé la musique pour ABORD). C’est elle qui m’a parlé du lieu et du collectif. Alors je suis venue, il y avait un « défi méandre » (petit happening mouvement filmé dans un des hangars) et on m’a proposé de choisir un angle de prise de vue d’une des caméras et d’enregistrer. Je crois que c’était naturel. Et le naturel a continué sur quelques années jusqu’à aujourd’hui où, entre-temps, j’ai pu suivre les méandres très concrètement grâce à une mission de service civique qu’ils ont pu obtenir.
Avant cette rencontre et avant de retourner à Chalon, j’étais à Paris pour des études de production en audiovisuel (d’abord dans l’idée de travailler pour le cinéma) et de médiation culturelle – spécialité musique et danse – (pour me rapprocher de la musique) que j’ai plus ou moins repoussé pour écrire des histoires sur la musique folk et ce retour, cette rencontre avec la méandre et ce qu’elle représente m’ont permis de prendre le temps et d’en venir à la vidéo. Et je m’y plais.

 

L’engagement implicite qu’il y a derrière la ville de province à taille humaine, et l’engagement plus explicite d’un collectif autogéré apportent des richesses et des traverses qui visiblement semblent bien me correspondre.

Tes images sont très caractéristiques, on peut deviner une « patte » d’auteure, un regard particulier. Est-ce quelque chose de naturel ou un travail permanent ?

Je dirais que c’est naturel, instinctif. Parfois il y a des inspirations/visions qui tombent, en recherche d’un cadre plutôt épuré, un cadre déconstruit. J’aime bien chercher l’esthétique et c’est probablement quelque chose que je vais continuer d’explorer selon les rencontres et les endroits sans nécessairement provoquer à tout prix, pour en revenir au hasard et à l’improvisation autour de ça. Jusqu’à présent, on est plus sur un assemblage global, une jonction un peu « cosmotellurique ».

 

 

La danse semble être un atout puissant de tes compositions, tu joues beaucoup avec le mouvement, dans son absence autant que sa présence,est-ce un incontournable dans on travail ?

Je crois qu’elle devient un incontournable. C’est surement ce que j’aime le plus filmer, en tout cas pour l’instant ce qui me donne le plus envie de filmer quand j’en vois parce qu’elle est tout de suite esthétique. Et parce qu’elle révèle et réveille tout de suite des personnalités entre rêve et réalité, entre performance personnelle et collective, il y a une forte interaction de fait, même tout en subtilité.

 

Encore une fois on est sur l’instinct, c’est filmer d’instinct et filmer l’instinct des autres, le mouvement pur.

Sur le projet de vidéo danse dont ABORD fait partie, je n’étais pas prête à proposer plus d’états et de rythmes à la danse avec les propositions des danseuses. Alors leur improvisation, encadrée par mes choix esthétiques, a donné ces variations d’état et de mouvement qui sont les leurs propres.

 

Être une jeune réalisatrice en Saône-et-Loire, quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Pour le moment, je ne me considère pas comme telle et je ne connais pas assez le rayonnement du département pour pouvoir me positionner si position il y a à trouver. Dans une certaine mesure, peut-être que je préférerais me contenter de privilégier les bonnes rencontres humaines et artistiques qui arrivent au compte gouttes autour de la méandre et de Chalon.

 

 

De manière presque silencieuse, tu parviens souvent à faire passer un message, parfois politique. Penses-tu que l’art doit être engagé ?

J’aime bien le message effectivement et le message à caractère politique, il en faut. Mais je ne le maîtrise pas, donc je le mélange avec de la légèreté, du contraste, une certaine poésie, du rythme pour essayer d’arriver à une touche plus dynamique, divertissante (?) et accessible.

 

C’est surtout les personnes, les lieux, les circonstances qui sont déjà ancrés, engagés dans quelque chose, après il s’agit de faire se raconter tout ça ensemble et dans une certaine cohérence.

Ne filmer que des danseuses à l’écriture sensible et distincte, avoir des grues abandonnées en fond de plan, naviguer sur une barque devant des feux du 14 juillet, prendre le temps de montrer quelqu’un qui regarde le zapping « Vu » sur son smartphone etc. Mais ce que je fais aujourd’hui est soit personnel, pour moi, soit personnel pour chacun.e pour que des questions se posent individuellement à travers ces regards !

 

 

Quelles sont tes rêves en tant que réalisatrice ?

En imaginant que je continue sur cette voie, j’aimerais bien aller davantage vers l’absurde et l’extravagant, montrer et monter des situations un peu décalées à la Fellini par exemple, dans cet univers relativement underground, avec beaucoup de personnages secondaires de premier plan et quand même un héros et/ou une héroïne errant.e. Ça c’est vraiment du rêve, un rêve ambitieux.
En plus réaliste, j’aimerais aboutir à une forme documentaire poétique sur la méandre et puis le printemps arrive et je vais poursuivre mes séries de vidéo danse.

 

N’hésitez pas à visiter son site par ici : https://emilieleveille.com ou sa chaine viméo par là : https://vimeo.com/emilieleveille

Toutes les photos de l’article sont de Émilie !